Littérature

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Littérature

Message par Baal le Mer 29 Oct 2008 - 1:16

Electric dandy (Lou Reed) (Bruno Bloom, 2008 )




Présentation de l'éditeur
Grande icône du rock, fondateur du Velvet Underground lancé par Andy Warhol, créateur de l'art rock, Lou Reed peut être considéré comme l'inspirateur du mouvement punk et d'une grande partie de la musique actuelle. En 1972, son célèbre Walk on the Wild Side produit par David Bowie le fait connaître tardivement. De la beat generation à l'avant-garde sauvage, il est le premier musicien de rock à aborder des thèmes adultes et littéraires et 'net en scène un concentré des pires cauchemars de l'Amérique : rock'n'roll, homosexualité, drogues dures, sado-masochisme, prostitution, déchéance, provocation, subversion, violence et scandale de Heroin à Sweet Jane, puis de Berlin à Kicks et Meta, Machine Music. Maître du réalisme appliqué à la chanson, l'autodestructeur Rock'n'roll Animal décide de survivre à son mythe faustien et tente de renégocier son âme. Il traverse une période de rédemption culminant avec l'album New York, puis c'est la transcendance après son mariage avec l'artiste Laurie Anderson et le succès de Perfect Day. Premier livre consacré à Lou Reed en France, cette édition entièrement révisée et mise à jour rassemble anecdotes, historique et entretiens, citations de Reed et de ses proches. Lou Reed-Electric Dandy analyse l'œuvre en détail, de So Blue (1958 ) à la mise en scène de Berlin (2007). Retraçant les étapes de ce parcours initiatique, cet ouvrage est une mine d'informations sur l'émergence de la culture rock dans le monde occidental.
Le premier livre français consacré au dandy de Greenwich Village. Des débuts pré Velvet à la semi retraite actuelle, la vie d'une icône qui a survécu aux excès, aux drogues et aux rues de New York, et qui commence à ses 15 ans quand ses parents, redoutant d'avoir un fils homosexuel, le collent en psychiatrie où Reed sera soigné.. à coups de séances d'électrochocs (comme Frances Farmer ou de nombreux autres pétés du ciboulot du rock ou de l'art), itinéraire programmé d'une autodestruction des codes et normalités pour transcender une existence mis à mal à l'avance.

Le bouquin est intéressant dans le sens où le journaliste auteur qui a rencontré Lou des 70's à aujourd'hui n'intervient que la moitié des textes, le reste est constitué d'extraits d'interviews et de dialogues avec Lou ou avec les gens tournant autour de lui et/ou sa musique, on a des anecdotes venant ainsi de sources très variées, de Andy Warhol ou Nico à Lester Bangs ou tel producteur, ingé son ou zikos, en passant par John Cale et les membres du Velvet eux même évidemment.

Apparemment plus intéressé par l'oeuvre de Reed que par les révélations scandaleuses de sa vie privée, l'auteur a trouvé un équilibre presque parfait entre informations et ordures. Ce livre ne cache pas les excès commis par Reed, mais évite les détails inutiles pour se concentrer sur les albums sortis. Et là, rien n'est oublié : les premiers enregistrements, les disques du Velvet Underground, les efforts solos, les collaborations, tout y est décortiqué album par album, titre par titre. Bref, ce bouquin est une mine d'informations passionante qui complète parfaitement la discographie de l'incarnation vivante des bas fonds new yorkais. Une réussite, même si on envie aussi la sortie d'une autobiographie du rock'n'roll animal en personne, dans la veine de celles d'Iggy Pop ou Dee Dee Ramone.

Une construction très très riche, une analyse et traduction de chaque album et texte, un développement revenant sur tout ce qu'à fait Lou jusqu'au live intégral de Berlin l'an dernier... un bon pavé sans être plus excessif en taille qu'un autre livre du genre (au hasard, L'Odyssée du Rock ou Please Kill Me -dont Electric Dandy se rapproche énormément dans la construction narrative à base d'interviews et de quotes-) et pour être tombé dessus au hasard, je l'ai trouvé pertinent, détaillé et détaché, bref, très bien foutu et très complet, je le recommande vraiment aux amateurs du personnage/du groupe, avec Paroles de la Nuit Sauvage, le recueil traduisant ses textes (chansons et poèmes) paru chez10/18.

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Mémoires d'une beatnik (Diane Di Prima, 1969)




Présentation de l'éditeur
Dans l'Amérique corsetée des années 1950, le croquis saisissant d'une bohème new-yorkaise en plein bouillonnement, où l'on croise Allen Ginsberg et jack Kerouac, Le Roi Jones et même Ezra Pound. Sexe, drogue, insolence, musique et littérature composent un mélange enivrant. Tout l'esprit beat... Mais c'est aussi le portrait d'une jeune fille, poétesse rebelle et pionnière, qui savoure avec jubilation expériences et excès. À l'aube de ses vingt ans, Diane plaque l'université et part s'installer dans les quartiers mal famés du sud de Manhattan. Jour et nuit, elle navigue de bar en bar, fréquente lieux alternatifs ou interlopes, à la rencontre d'âmes sœurs en rupture de ban. Très vite, dans son appartement, se retrouvent amis, artistes sans foyer et marginaux croisés au détour d'une rue. Ainsi se crée l'une des premières " communes " où explosent et se réinventent les codes, où les goûts et les rôles sexuels se cherchent, à la poursuite du plaisir. Autobiographie, roman d'éducation, fantaisie érotique. En tout cas sauvage et drôle, à l'image de son auteur.

Biographie de l'auteur
Diane Di Prima est née le 6 août 1934 à Brooklyn, New York. Elle commence à écrire dès l'âge de sept ans, et prend la décision de faire de la poésie sa vie à l'âge de quatorze. Son premier livre, "This Kind of Bird Flies Backward", paraît en 1957.

Elle vit à Manhattan pendant plusieurs années, et est considérée comme la femme écrivain la plus importante du mouvement Beat. Entre autres activités, elle participe à la fondation du "New York Poets Theatre", et crée avec son mari Alan Marlowe une maison d'édition, "The Poets Press", qui publiera 29 livres de prose et poésie d'auteurs tels que Gregory Corso, Herbert Huncke, et bien d'autres. Puis, avec Amiri Baraka (LeRoi Jones), elle fonde une revue littéraire mensuelle, "The Floating Bear", une des revues beat les plus importantes de l'époque, et qui existera durant 10 ans.

À la fin des années soixante, elle passe beaucoup de temps sur la route. Elle vit d'abord à New-York, puis rejoint la communauté psychédélique de Timothy Leary à Milbrook, avant de traverser le pays dans un fourgon VW jusqu'à San Francisco. Là-bas, elle étudie le Bouddhisme Zen, le Sanskrit et l'Alchimie, écrit l'un de ses poèmes les plus célèbres, "Loba", et élève ses cinq enfants. De 1980 à 1986, elle enseigne les traditions ésotériques en poésie, au "New College of California". Son travail a été depuis traduit en une douzaine de langues. En 1983, elle veut appronfondir son étude du Bouddhisme et devient l'élève de Chogyan Trunga Rinpoche.

Aujourd'hui, elle vit et travaille à San Francisco, où elle est l'un des fondateurs et professeur du "San Francisco Institute of Magical and Healing Arts". Ses derniers travaux sont "Not Quite Buffalo Stew", un roman satirique sur la vie californienne, une autobiographie parue sous le titre "Recollections of My Life as a Woman", et un livre sur Shelley en tant que poète-magicien.

Diane Di Prima a publié 31 livres, collaboré à plus de 300 revues et magazines littéraires, est apparue dans 70 anthologies. Ses poèmes ont été traduits en une trentaine de langues.
Un bouquin erratique, posé et mélancolique d'un certain coté. Une narration très crue et un style de vie en marge, fait de communauté dans toute vision des activités (sexe, art, travail, passe temps). Si ce livre devait avoir un équivalent musical, je penserais aux mêmes sensations que m'ont donné l'écoute de I'm only sleeping des Beatles. Ou du moins d'abord celle là, puis une frange de chansons du même ordre, à voir selon chacun.

Mais on parle de la beat generation pure et de ses codes pré hippie puis mélangés, donc le livre est "classique" sans être cliché-isé par des chevelus avec des vestes en peau de yak façon Gaston Lagaffe ou yéyé français. Chais pas, c'est très personnel, sans réel but moral ou scénaristique, juste comme un journal. Et ça retransmet tout un pan de la fin des années 50 assez justement, et de l'ouverture encore discret de la décennie suivante qui allait à jamais marquer l'humanité aussi fortement dans l'évolution des moeurs que la dernière décennie l'a marquée dans l'horreur.





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L'aventure punk (Patrick Eudéline, 77)







Présentation de l'éditeur
" Nous sommes les enfants dont la planète n'a pas voulu... Nous sommes les premiers à n'avoir connu que les poulets au pétrole et le lait à l'insecticide... Etre punk, c'est l'aboutissement d'une certaine révolte ou d'un ennui certain... Une génération aux gestes d'automates, à la peau plastifiée. Une génération immunisée... ".

En 1977, Patrick Eudeline a 21 ans. Il chante dans le groupe de rock Asphalt Jungle. Il est punk. Les punks font peur : boots, épingles à nourrice, bracelets cloutés, combinaisons R.A.F., vinyle porno-shop, lunettes noires. Ils rodent sous la pluie dans la jungle des villes. L'aventure punk fut le premier manifeste de ce nouveau dandysme. Un défi anarchique. Un cri. Un avertissement...

De toute façon, demain, tout le monde sera punk.
Un recueil d'instantanés (avec ce que ça implique) d'un Eudeline jeune (23 ? 22 ans ?) . Totalement impliqué, rédigé au moment même du boom punk, donc peu de recul... Certaines déclarations font mal (comme un échec profilé...), d'autres sont prémonitoires et curieusement inspirées. Mais le style d'Eudéline est là, déjà certaines obsessions également... Un point de vue sur le "vécu" punk parisien avant la récupération et la dégadation quoi. Un monde méconnu et oublié trop vite.

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Rock'n'roll Babylone - 50 ans de sexe, de drogues et de tragédies (Gary Herman, 2005)






Présentation de l'éditeur
" Si vous cherchez les problèmes, vous êtes venus au bon endroit. " Elvis Presley. La légende du rock n'est pas faite que de musique... Tout le monde a entendu parler du décès énigmatique de Jim Morrison à Paris, du suicide (ou meurtre) de Kurt Cobain, des provocations, parfois géniales, de Marilyn Manson, Axl Rose et Eminem. Des morts prématurées de Jimi Hendrix, Bob Marley et Janis Joplin. Des assassinats de Marvin Gaye, John Lennon et Tupac Shakur. Mais ces célèbres faits divers qui ont tant défrayé la chronique ne sont en fait que la partie visible de l'iceberg.

De l'autre côté du miroir, il y a tout un univers d'argent et de pouvoir, presque un système, où la rébellion et la corruption font bon ménage, où les success stories côtoient les pires descentes aux enfers. Avec plus de deux cents photos et documents graphiques, dresse un portrait saisissant des excès et dérives du rock'n'roll. Cette culture à part entière a enfin son livre noir, mais, suprême ironie, il est l'œuvre d'un de ses plus grands fans, le journaliste britannique Gary Herman.
Une fois qu'on se plonge dans une culture et qu'on a découvert ses codes, ses icônes, ses jalons et ses moeurs, on découvre toujours qu'un truc génial a toujours une face cachée. Alors on s'initie aux trucs retors, pour cerner pleinement le sujet et éviter les erreurs de lectures à niveau unique.

L'histoire du rock n'est pas seulement faite de musique. De Johnny Ace qui mourut en jouant à la roulette russe aux divers suicides (Kurt Cobain, Michael Hutchence), overdoses (Keith Moon, Sid Vicious) et "accidents" (Brian Jones, Marc Bolan, Buddy Holly), la liste de ceux restés sur le bas-coté semble interminable...

Ce bouquin permet de se plonger dans la spirale noire du business, des controverses et des excès qui ont tournoyé autour de la musique précitée, et ainsi de faire découvrir au lecteur "ce que vous ne saviez pas" sur les rockstars et autres groupes de zik connus. Le truc est un peu raccoleur (encore que j'ai bien aimé l'idée présentée dans le titre) mais le bouquin s'en sort pas trop mal, exposant toute la décadence et la dégradation des mythes, depuis les années 50 et le rockabilly jusqu'au hip hop, en passant par les divas soul ou les pétages de plomb à la Phil Spector, les décérébrés black metalleux nordiques s'entretuant à coups de hache, les punks, etc...

L'auteur développe les scandales, les outrages, les morts tragiques, et quel rapport à qui dans tout ça, entre une version XXL du numéros HS "le rock pète le plomb" des Inrocks (paru l'an dernier et pas mal compilé) et une version moins couillonne et avec plus de faits des docus rock "hypothèses" façon Nick Broomfield (réalisateur de Kurt and Courtney et Biggie and 2pac, docus sur les la théorie du complot sur la mort de Cobain (meurtre et implication de Courtney, pas vraiment crédible) et les meurtres de Notorious BIG et Tupac Shakur durant la guerre des gangs en 97, qui selon les fans auraient été commandités par Suga Knight, directeur du label Death Row sur lequel était 2Pac). On retrouve d'ailleurs dans le bouquin parmi les scandales l'affaire de la pédophilie de Jackson, la drogue et la maternité du coupe Cobain/Love, l'overdose de Sid Vicious en prison avec la dope fournie par sa mère après son enfermement pour avoir été accusé de tuer Nancy, la guerre east/west qui a tué Biggie et 2Pac dans le rap 90's, les histoires et déboires de Keith Richards, de Whitney Houston, etc etc. On trouve également quelques photos rares assez intéressantes liées aux articles.

Malgré quelques erreurs minimes, ce livre met la lumière sur le coté pile de la mythologie du rock.

Baal
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Re: Littérature

Message par Baal le Mer 29 Oct 2008 - 1:16

(message en 2 parties)

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Nirvana, une fin de siècle américaine (Stan Cuesta)



Présentation de l'éditeur
Le 5 avril 1994, à Seattle, Kurt Cobain met brutalement fin à ses jours, signant du même coup l'épilogue sanglant d'une fulgurante aventure : celle de Nirvana, tout simplement le dernier grand groupe de rock du XXe siècle. Des années plus tard, la poignée d'albums de Nirvana pèse encore de tout son poids dans l'histoire du rock.

Quant à Kurt Cobain, prophète blond écorché vif, il est devenu l'icône de toute une génération, un " Jim Morrison fin de siècle " symbole d'un rock tumultueux et d'une incandescente beauté.

Dépassant les clichés d'une aventure très sex, drugs & rock'n'roll (scandales, relations agitées entre Kurt Cobain et sa compagne Courtney Love, rumeurs de complot...) ou d'une analyse pseudo-sociologique autour de la Génération X et du mouvement grunge, ce livre s'intéresse aux diverses influences ou complicités de Kurt Cobain et de ses acolytes (des Beatles au rock alternatif hardcore des années 1980, en passant par les Breeders, Mudhoney, Pearl Jam, Soundgarden ou Smithereens), pour éclairer sous un angle nouveau une " œuvre au noir " fondamentale, ultime brasier d'un siècle marqué au fer rouge du rock'n'roll.
Un énième bouquin sur Nirvana parmi la pléthore existant (dont je ne conseillerai personnellement que le Journal de Cobain, le Dictionnaire des chansons de Nirvana de Isabelle Chelley et la bio la plus cohérente et réussie, Heavier Than Heaven de C.R Cross et traduit par Anne Mathey, sortie en France sous la traduction de Plus Lourd que le Ciel) mais un bon livre francais sur Nirvana, car se focalisant avant tout sur la musique qui a inspiré, qui a gravité autour et qui a découlé de l'héritage de l'ange blond déchu. Du coup il traite aussi d'une bonne partie de tout le rock post-punk, indie et grunge, de la fin des années 80 et du début des années 90, ce qui en fait un guide relativement bien foutu pour découvrir la face cachée du rock alternatif quand on s'initie au truc en dépassant les disques de Nirvana et des Red Hot.

Ce livre sent bon l’amour du rock : Cuesta consacre un paragraphe entier à chaque album du groupe, plonge dans les méandres de son personnel (plusieurs batteurs se sont succédés avant que Dave Grohl ne mette tout le monde d’accord), dissèque les sessions d’enregistrements, recense les inédits, et indique où trouver telle ou telle rareté, le mec indique même aux fans quels sont les titres faisant l’objets de fakes MP3 sur le web Smile.

A chaque fois qu’il cite un groupe ayant eu une influence sur la musique de Nirvana, Cuesta en donne un court résumé. On retrouve évidemment les trucs que Cobain adorait et dont il parlait dans ses carnets, comme Tad, Mudhoney, les Vaselines, Shonen Knife, les Smithereens ou les Pixies.

Cuesta rappelle aussi ce que sont devenus tous les acteurs de l’aventure après Nirvana (les Foo Fighters de Grohl, les albums de Sweet 75 et Eyes Adrift puis le retrait musical et la politique pour Novoselic, plus quelques zikos notables comme Chad Channing) , présente une discographie, une filmo et une biographie, cite ses sources, offre un pavé de notes...

Avec érudition (il peut vous dire sous quel pseudo Cobain s’est inscrit dans tel hôtel tel mois de telle année Very Happy), brio (le passage sur le groupe anglais Nirvana des années 60 par exemple), et un style où l’humour (et les piques) n’est pas absent, Cuesta retrace la vie-éclair de Cobain. C’est à dire la vie de quelqu’un qui a toujours fait siennes les paroles de Neil Young qu'il a écrit dans son testament ("it's better to burn out than to fade away").

On comprend que toute la vie de Cobain a consisté à réaliser son rêve : jouer sa musique, en la faisant partager au plus grand nombre, et que, ce faisant, ce musicien pétri d’éthique punkrock a cherché à savoir dans quelle mesure composer avec le business et quand s’arrêter. Comme quand il en parle dans ses notes persos du Journal, là encore on revient sur le coté fan et do it yourself de Cobain, qui analysait beaucoup le parcours des groupes underground qu’il appréciait, jouait avec ses potes, sortait des split CDs et parlait autour de lui de ses groupes favoris et en portait les t-shirts sur scène pour les promouvoir (avec entre autre Captain Beefheart et Daniel Johnston, médaillés d'or des pétages de plomb).

Par exemple, la signature de Nirvana chez Geffen après avoir débuté chez Sub Pop n’est pas du tout étrangère au fait que Sonic Youth avait auparavant le choix d’aller sur cette major (et a cherché à y faire venir le groupe). Ce livre ne fait également pas preuve d’antipathie envers Courtney Love , mais s’en tient aux faits sans chercher à influencer le lecteur, présente un portrait détaillé de Cobain : celui d’un musicien sensible, fragilisé psychologiquement par certains épisodes de l’enfance, aimant à entretenir sa culture rock et rétif au business pour le business. Sur le point de l’argent, Cuesta remet les pendules à l’heure : Cobain a eu quelques démêlés avec Novoselic et Grohl à propos du nouveau partage des royalties et des droits d’auteur. Auparavant, tout était partagé en trois. Ce nouveau partage a été voulu par Kurt après que le sucès se soit emparé du groupe. Car le succès est tombé sur le groupe (qui était là au bon moment) comme une grâce et comme une catastrophe, précipitant Cobain, accro à l’héroïne et mal dans sa peau, vers la chute. Dix ans après sa mort, l’attitude pragmatique de Cobain, telle que la décrit ce livre, est à méditer. Quant au panache de Kurt, il est indéniable.

La musique le passionnait et il aimait faire partager cette passion. Ses interviews, ses écrits divers (particulièrement ceux publiés dans son "journal") le prouvent. Et pourtant, on n'en fait finalement que peu de cas. Il cite les Vaselines, nous les présente comme le meilleur groupe du monde, reprend trois de leurs morceaux tout au long d'une discographie finalement assez courte. Et puis quoi ? Tout le monde fait "ah oui, les Vaselines, c'était sympa, ouais, le groupe que Cobain aimait bien, bof…" Et essayez de trouver un de leur disque aujourd'hui en magasin.

Les auteurs les citent rapidement et puis passent à autre chose, d'un air de dire "ouais, bon, on s'en fout, passons au scandale de Courtney se droguant pendant sa grossesse, ça c'est chouette". Moi, je me suis dit comme ça que j'allais écouter les Vaselines. Et tous les autres. Pour voir. Essayer de trouver quelque chose, de comprendre quelque chose aussi, peut-être, qui sait. Des groupes hardcore oubliés. De la pop étrange. Des dingues allumés. Du gros hard rock ricain. Tout ce qui a façonné le son Nirvana, qui a inspiré Cobain et ses acolytes.

Alors certes j'ai pas aimé tout ce qui passait, mais j'ai fait des découvertes incroyables. Des artistes dont je lisais les noms en me disant, comme beaucoup, ok, encore un taré sans talent qui fait du bruit insupportable pour montrer qu'il existe. Daniel Johnston, par exemple. Il y a de grandes chances pour que 60% des groupes adulés par Cobain ne me disent rien du tout musicalement. Mais c'est pas grave, parce que j'ai découvert Daniel Johnston. Et rien que pour ça, ça valait le coup.

A noter que pour les lecteurs, Cuesta est journaliste à Rock'n'folk à la base, et a aussi écrit des bouquins sur Ferré, Piaf, Queen ou U2.

Puis là je commence Soucoupes violentes (2004) aussi d'Eudéline, vu que j'ai voulu d'abord lire L'aventure punk pour voir si Eudéline avait fait évoluer son écriture entre 77 et aujourd'hui.




Cependant, le bouquin a l'air beaucoup plus compliqué d'accès que le précédent, car ça s'enfonce encore plus dans l'écriture des romans dandys de la nuit parisienne et des anti héros punks (Virginie Despentes ou Ann Scott que je recommande aussi).

Pour le résumé du livre, comment expliquer.. une critique qui m'a l'air juste :


Un héros baptisé Lancelot en 2004 : tiens donc ! Le personnage de Chrétien de Troyes et ses milles autres vies chez Dante, Aragon ou Bresson, relifté en jeune paumé shooté aux flashs d’iMac et attendant sa propre quête du Graal ?



Difficile à avaler si ce n’était pas Eudeline, doyen punk, critique rock des grandes heures de Rock & Folk et écrivain qui s’en mêlait. Pas d’inquiétude : nulle quête chevaleresque ici, la cour arthurienne s’est muée en hôtel Lutétia chic et sectaire, "antichambre du docteur Miracle" où Lancelot, en pleine psychose du don, s’enlise peu à peu, "coke addict et maître du monde, dans son bunker de Saint-Germain-des-Prés, un mini-Hitler, pourchassé par les visions".



Derrière les sujets-prétextes de l’occultisme et des machines à prophéties, Eudeline signe avec ces Soucoupes violentes secouées en plein vol une satire sociale furieusement glauque. Et plutôt drôle.



Tout part d’une tension à haut voltage : la confrontation de Lancelot aux images, d’abord cinématographiques puis hallucinatoires, médiumniques et médiatiques. Toutes emmêlées, évidemment. D’abord les premières images que Lancelot tourne en DV, celles de son ex dansant "avec un mannequin habillé en Elvis de salle de bains". Puis le flux s’emballe : la réincarnation de Steve Mariot (pilier des sixties) réveille Lancelot dans sa chambre de bonne en feu pour réapparaître plus tard en taxeur de clopes aux côtés d’Alain Pacadis, autre dandy rock de l’époque. Fidèles à leurs origines d’images spirite, les idoles redeviennent donc avec Eudeline des passeurs et autant de feed-back annonciateurs de la nouvelle vocation de Lancelot : "Il voulait être Godard, il sera Nostradamus". D’un jour à l’autre, Lancelot devient messager en herbe. Encore faut-il qu’il nourrisse son don, aidé dans ce nouveau rôle par sa mère, fan de longue date du business des esprits, "annales akashiques et Dogons" réunis. Son ex Lude revient aussi vers lui, en s’improvisant attachée de presse dès que la télé se met à relayer les prophéties de Lancelot.





L’intrigue a beau être mince (le fil conducteur laissant très vite présager que tout se finira… au royaume des usines à images), l’écriture précipitée d’Eudeline, dynamitée par une oralité et des jets de phrases à l’acide (Eudeline se dit fan de Despentes et d’Ann Scott, mais est plus proche de la dernière [URL="http://www.chronicart.com/livres/chronique.php?id=8744"]Berceuse[/URL] de Palanhuik que de celles-ci) vaut le détour. Rien que pour sa vitesse, ses excès de tournures façon chroniques de presse, un style rageusement assumé jusqu’au bout ("On se refait pas", une formule qui revient souvent dans sa bouche d’Eudeline)… Le flux continu de name-dropping, burroughsien dans l’âme même s’il cède parfois à l’exercice de mode, a l’habileté de mixer idoles ou ex-compatriotes night-clubbers d’Eudeline et cibles médiatiques plus tranquilles et d’avance admises, comme TF1, Fogiel et Nikos. Homme de presse, Eudeline joue la corde raide et balance à tout va, au détour d’une charge jouissive mais qui flirte parfois avec la private-joke pas risquée. Exemple : citer son propre éditeur Grasset au détour d’une phrase, façon contre-emploi… C’est que sous sa plume cinglante et écoeurée surgit au final une forme d’humour et d’attachement à ses principales proies. Eudeline les regarde évoluer, s’embourber dans cette "époque à la con"...



Même regard sans réelle nostalgie sur Paris, attentif surtout aux métamorphoses du cinquième arrondissement où Lancelot nourrit ses flashs à répétition. Les dix pages bien serrées du chapitre XIII, où le "soleil noir" de Mai 68 resurgit par surimpressions dans un café d’aujourd’hui (c‘est à dire sur fond de Skyrock et de "technicolor frimeur et saturé"), sont à ce titre une vraie réussite. De charge sociale sympathique, Soucoupes violentes devient alors un roman sur la métamorphose des images : celle d’un bout de capitale même plus ombre d’elle-même, celle de Lancelot se cherchant lors d’une courte traversée du miroir d’Alice.



Et aussi celle d’Eudeline, enfin, à laquelle chaque ligne renvoie : lui face à Paris, Paris face à lui, qui "s’était visualisé chaussé de bottes de cavaleries vernies, vêtu de satin duchesse et de velours noir, cape au vent, soie rouge et jabot -bel oiseau romantique". Plus dandy, tu meurs.

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Re: Littérature

Message par Reivaxgt le Mer 6 Juin 2012 - 19:42

Mort de Ray Bradbury ce jour.
J'ai lu et relu ces chroniques martiennes.
Vraiment dommage, mais âge honorable !

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Re: Littérature

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